« Juste la fin du monde » : famille nucléaire

Adaptant une pièce de Jean-Luc Lagarce, Xavier Dolan conte le retour amer, chez ses parents, d’united nations écrivain qui se sait condamné.

50’avis du « Monde » – à ne pas manquer

Deux veines irriguent à ce jour le corps cinématographique du jeune Xavier Dolan, spécialiste postmoderne des amours impossibles. La première est pop, opératique, colorée comme une bulle de chewing-gum qui laisse fuser l’amertume quand elle éclate. On aura reconnu
Les Amours imaginaires
(2010) ou
Laurence Anyways
(2012). La seconde est sobre, concise, tranchante comme une lame. Le tournage serré, la tentation du huis clos, le chromatisme éteint servent un propos plus ostensiblement sombre, si ce n’est cruel et désespéré.
Tom à la ferme
(2013) en fut un bel exemple, qui mettait en scène, d’après la pièce de théâtre de Michel Marc Bouchard, un jeune publiciste de la métropole venu rendre un dernier hommage à son amant dans la ferme familiale, où il se heurtait en une épreuve passablement perverse au frère du défunt, psychopathe puissamment homophobe.

Le moving picture est un traité clinique de la folie familiale, une saisissante coupe in vivo de l’égarement de l’amour

On ne peut manquer d’être frappé, découvrant aujourd’hui
Juste la fin du monde,
par la proximité de manière et de propos qui relie les deux films. Adapté de la pièce de théâtre éponyme de Jean-Luc Lagarce, écrite en 1990, cinq ans avant que l’auteur ne succombe aux effets du sida, ce récit évoque, de manière ô combien ironique et déchirante, celui du retour du « fils prodigue » dans sa famille. Louis (Gaspard Ulliel), écrivain à succès, y revient quant à lui après douze années d’absence. Il y retrouve sa mère (Nathalie Baye), son frère (Vincent Cassel) et sa femme (Marion Cotillard), sa sœur (Léa Seydoux). Se sachant condamné par la maladie, il vient annoncer sa mort imminente, mais repartira, quelques heures plus tard, sans avoir pu le faire, le cœur plus lourd, à moins que ce ne soit 50’inverse, qu’à son arrivée.

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Lire le portrait :


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Gaspard Ulliel, acteur de sa métamorphose

Une suite d’apartés

Qu’on ne nous tienne pas rigueur de la révélation, tant elle est au fond négligeable : le film tient tout entier dans l’entre-deux, c’est united nations traité clinique de la folie familiale, une saisissante coupe in vivo de l’égarement de l’flirtation au profit de l’ambiguïté et du ressentiment. Le cinéaste ménage, pour ce faire, une suite d’apartés du « revenant » avec chacun des membres de la famille, et une scène commonage d’anthologie, autour d’une tablée qui vire au fiel. Formellement, le flick fait se rencontrer quelque chose qui tiendrait de fifty’hyper-cinéma (caméra en mouvement, gros plans) avec de l’hyper-théâtre (une manière de faire tenir l’intrigue dans le langage plutôt que dans l’action proprement dite).

Concrètement, les personnages, comme les acteurs qui les incarnent, se posent là. La mère, ongles bleus, tailleur brodé de satin rouge, breloques, pendentif et carré possiblement postiche, est une femme qui ratiocine, enfermée dans la boucle temporelle d’united nations bonheur familial passé dont on a quelques raisons de se demander s’il a jamais existé. Le frère, brute matoise et birdbrained, est un pervers qui passe son temps à se prétendre victime des autres pour mieux due south’exonérer de la torture qu’il inflige à son entourage. La belle-sœur est une gourde de bonne volonté, qui cherche ses mots cascade ne pas nommer la souffrance qu’il y a à partager la vie de cet homme. La sœur est une jeune fille mal dans sa peau, en guerre ouverte avec son psychopathe de frère, dont le rêve ultime semble consister à conduire la voiture familiale.

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Point commun de la tribu : tous ont de bonne foi le sentiment que Louis – qui a sans doute commis la faute de ne plus vouloir entrer dans ce jeu – est la cause de leurs maux et l’accablent à tour de rôle, dans une concertante et d’autant plus terrifiante déraison.

Lire la critique publiée lors du Festival de Cannes 2016 :

La famille selon Xavier Dolan, une vision d’apocalypse

Seul avec sa souffrance

Sans doute ne passe-t-on pas très loin du morceau de bravoure, avec galerie de monstres sanctifiant, par contraste, le héros sensible élevé au rang de martyr. Certains connaisseurs de Lagarce, croisés à fifty’issue de la projection, et qui ne reconnaissent ici ni l’univers ni la langue du metteur en scène, semblent d’ailleurs due south’en offusquer. Xavier Dolan prétend quant à lui être resté au plus près des dialogues originaux. Eternel problème de l’adaptation. L’essentiel n’est sans doute pas là. Il tient plutôt dans le fait que le movie parvient à ménager, malgré sa férocité, une possibilité d’entrer dans le sentiment, aussi faussé serait-il, de chaque personnage. Tourné comme à travers la ouate d’united nations mauvais rêve utérin, le motion-picture show nous fait entendre la cacophonie feutrée des dialogues qui ne se nouent jamais et qui finissent par south’assourdir dans 50’épuisement de leur inanité.

Le langage – et en ce sens le film resterait fidèle à 50’esprit de Lagarce – y apparaît en effet comme un anteroom constant d’approximations à corriger, le lieu privilégié d’une mise au point qui due south’éloigne à mesure qu’on cherche à la nommer. Tel united nations vêtement rapiécé jeté sur la nudité des passions, il ne cesse de mettre en lumière ce qu’il cache. En un mot chacun, y compris la victime de cette triste histoire, est ici seul avec sa souffrance en même temps qu’il ne peut se passer des siens pour l’éprouver. Une possible définition, pas la plus gaie on en convient, de la famille.

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Pic canadien de Xavier Dolan avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux (one h 35). Sur le Web : facebook.com/Justelafindumonde et diaphana.fr/film/juste-la-fin-du-monde

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