Le Singe Et Le Chat Fable De La Fontaine

Le Singe Et Le Chat Fable De La Fontaine


Commentaire litt�raire de la fable

(corrig� du professeur)


INTRODUCTION

[1er alin�a�:
phrase d’annonce, de pr�sentation, de contextualisation
]

���� Les ��Fables�� de
Jean de La Fontaine, publi�es � la fin du XVII�me si�cle, ont pour but de plaire et instruire � la fois. Une fable doit d’abord susciter 50’int�r�t, retenir 50’attention du lecteur, dans le just de fifty’amener � r�fl�chir et � �voluer. L’art d’�crire de Jean de La Fontaine, flamboyant porte-parole du classicisme, t�moigne de cette volont� de divertir au moyen de courts r�cits plaisants et d’enseigner une morale.


[deuxi�me alin�a�: r�sumer bri�vement le contenu de la legend]

�������� �
Le Singe et le chat
� met en sc�ne deux animaux plut�t comiques,
Bertrand
et
Raton. Ce qui va permettre au fabuliste de� tourner en d�rision, avec une ironie pince-sans-rire,� fifty’attitude des hypocrites qui se dissimulent sous un masque cascade mieux manipuler� les autres.

[troisi�me alin�a�: annonce du program, mais seulement dans ses grandes lignes]

���������� Nous �tudierons dans un premier temps le rapport entre les deux personnages de la fable et la mani�re dont� La Fontaine met� en �uvre les ficelles du genre. Dans un 2d temps, nous mettrons � jour la vis�e moralisatrice de l’auteur.



Le singe et le chat. LA FONTAINE. Commentaire litt�raire.
Le Singe et le Chat, par Gustave Dor�


Jean de La Fontaine�- ��Le Singe et le Chat���-
Fables�-


Livre IX, legend XVII�- fable �crite en 1671.

Bertrand[1] avec Raton[2], l’un singe et l’autre chat,

Commensaux[three] d’un logis, avaient un commun ma�tre.

D’animaux malfaisants c’�tait united nations tr�due south bon plat[4] :

Ils n’y craignaient tous deux aucun[5], quel qu’il p�t �tre.

Trouvait-on quelque chose au logis de g�t�,

L’on ne due south’en prenait point aux gens du voisinage :

Bertrand d�robait tout : Raton, de son c�t�,

Etait moins attentif aux souris qu’au fromage.

Un jour, au coin du feu, nos deux ma�tres fripons

Regardaient r�tir des marrons.

Les escroquer �tait une tr�south bonne affaire ;

Nos galands[6] y voyaient double profit � faire :

Leur bien premi�rement, et puis le mal d’autrui.

Bertrand dit � Raton : �
Fr�re, il faut aujourd’hui
Que tu fasses un insurrection de ma�tre,
Tire-moi ces marrons. Si Dieu m’avait fait na�tre
Propre � tirer marrons du feu,
Certes marrons

verraient beau jeu[seven].


Aussit�t fait que dit: Raton, avec sa patte,

D’une mani�re d�licate,

Ecarte un peu la cendre, et retire les doigts ;

Puis les reporte � plusieurs fois ;

Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque :

Et cependant[8] Bertrand les croque.

Une servante vient : adieu mes gens. Raton

N’�tait pas content, ce dit-on.

Aussi[nine] ne le sont pas la plupart de ces princes

Qui, flatt�south d’united nations pareil emploi,

Vont s’�chauder[10] en des provinces

Pour le turn a profit de quelque roi.


Bertrand
: l’archev�que d’Avignon, devenu pape, (Jules 2, pape de 1503 � 1513), donna ce pr�nom � son propre singe…

[ii]
Raton�: nom habituellement donn� au conversation, qui passe proverbialement cascade le personnage du tromp�…

[3] ��Commensaux
��
: compagnons de table qui partagent le 1000�me repas. Epith�te qui se donne aussi aux officiers du roi qui ont bouche � la Cour.

[iv] ��D’animaux malfaisants c’�tait united nations tr�s bon plat���: on dit ironiquement quand on voit deux ou trois personnes ensemble de m�me g�nie et qui ne valent pas grand-chose�: voil� un bon plat.

[5] ��Ils due north’y craignaient tous deux aucun
��
: ces deux animaux malfaisants, pass�s ma�tres dans la fourberie, ne redoutent la concurrence de personne dans cette sp�cialit�…

[6] ��galands���: malins, habiles, voire dangereux dans la conduite des affaires…

[9] ��Aussi���: de la m�me mani�re…

[10] ��S’�chauder���: se br�ler avec de fifty’eau chaude, avec le� sens courant de ���prouver un dommage��, ��subir un pr�judice��


COMMENTAIRE LITTERAIRE DU PROFESSEUR


I. Un r�cit sobre, bref, au rythme alerte…


A. Un r�cit reposant sur un fondu encha�n� de dialogue et de r�cit,� et brod� d’intrusions du narrateur…

�������� �
Le Singe et le Chat
� met en sc�ne deux personnages en apparence assez croquignolets. Le r�cit comporte tous les �50�ments traditionnels d’une fable, qui la rendent facile � comprendre et donc instructive. Le recours � la fiction animali�re, gr�ce notamment au choix d’animaux st�r�otyp�south (ici, le singe et le chat), permet au lecteur de les assimiler � des personnes humaines. La personnification va de soi puisque les deux animaux en question sont affubl�s de patronymes. Des surnoms familiers qui, chez
La Fontaine,� sont fr�quemment des noms d’emprunt � l’histoire ou � la litt�rature. Le pape
Jules II, fondateur de la basilique
Saint-Pierre de Rome, avait un singe qui lui servait d’animal de compagnie et qu’il avait pr�nomm� ��Bertrand��.Plus paradoxalement, le diminutif ��raton�� sert habituellement de sobriquet peu affectueux pour certains rongeurs. Chose surprenante dans ce texte, il s’agit d’un nom de conversation. Un animal qu’on ne saurait surpasser dans l’art de la tromperie. Dans l’univers des contes et des fables, le conversation effigy toujours l’aspect rus� de fifty’homme. Ceci observ�, ��raton�� passe proverbialement pour le personnage du tromp�. Au XVII�me si�cle, ��prendre un rat�� veut dire par extension ���chouer��. Le diminutif ��raton�� fait deviner � fifty’avance fifty’�chec, la d�convenue de notre
Grippeminaud*, aussi fut� soit-il.� Tout repose dans la narration sur cette caricature dr�latique de 50’arroseur-arros�. En outre, il est piquant d’entendre le singe parler, et� tutoyer son confr�re en conversant�: �Fr�re, il faut aujourd’hui // Que tu fasses un coup de ma�tre, // Tire-moi ces marrons. Si Dieu m’avait fait na�tre // Propre � tirer marrons du feu, // Certes marrons
verraient beau jeu
�. Il nous revient en m�moire un autre joyeux drille, amateur de fromage et roublard en diable,
ma�tre Renard. Ecoutons-le dans ��Le Corbeau et le Renard�� flatter avec insistance le corvid�: ��Monsieur du Corbeau, // Que vous �tes joli�! que vous me semblez young man�! // Sans mentir, si votre ramage // Se rapporte � votre plumage, // Vous �tes le ph�cipher des h�tes de ces bois�� (Livre I – Fable 2). Fait du hasard, le pr�nom masculin ��Bertrand�� est d’origine germanique, se composant de �berht�� qui veut dire ��brillant��, ��illustre�� et de ��Rabe��, le ��corbeau���! Enfin, il est tout aussi croustillant d’entendre les sinuosit�s vocales du narrateur par le biais de la modalisation de fifty’�nonc�, notamment (expression de la subjectivit�, pr�sence d’appr�ciatifs, d’�valuatifs qui signalent l’implication du narrateur dans ce qu’il dit). Au d�tour de certains vers, s’infiltre la voix du fabuliste, avec son timbre ironique d’une fausse douceur. (��Bertrand d�robait
tout
: Raton, de son c�t�, // Etait
moins
attentif aux souris qu’au fromage
��). Ces deux bestioles se parlent, ont des pr�noms, agissent et r�agissent comme des �tres humains. Une caract�ristique essentielle de la fable, non pas parce qu’elle due south’adresse aux enfants, mais parce qu’elle entra�ne un jeu de sous-entendus, d’allusions perfides au comportement des humains.� Une ironie ravageuse s’invite dans la fable, en raison des r�parties air-conditioning�r�es qui indiquent que nos deux ratapoils agissent en toute impunit�: ��Trouvait-on quelque chose au logis de g�t�, // L’on ne s’en prenait point aux gens du voisinage�� (la litote ��quelque chose de g�t��� ne minimise en rien l’�tendue du brigandage � domicile).�Mais aussi par le contraste avec la voix de l’auteur se faisant entendre � la fin du r�cit, lorsque la gouvernante de la maison, qu’on imagine rev�che, d�boule � br�le-pourpoint (��Une servante vient : farewell mes gens��). La forme du discours indirect libre (��adieu mes gens��) et l’usage du possessif (pronom personnel ��mes��) nous permettent de reconna�tre� la voix fielleuse de 50’auteur.� Les derniers vers laissent entendre d’autres voix. Des paroles venues d’on ne sait o� et� prononc�es par on� ne sait qui. Des propos rapport�southward sur united nations ton narquois par le fabuliste�: ��Raton n’�tait pas content, ce dit-on��. Encore une forme de discours indirect libre saupoudr� d’humour, en raison de l’att�nuation obtenue par l’euph�misme (ne pas �tre ��content�� voulant dire �tre furieux). La construction du verbe avec ce pronominal (le pronom neutre ��ce��, compl�ment d’objet direct du verbe ��dire��) est une torsion grammaticale qu’on peut assimiler � un expl�tif d’insistance. Son r�le grammatical peut appara�tre superflu, sauf � regarder fifty’isom�trie du vers�: la tournure expl�tive sert aussi de cheville pour charpenter le vers octosyllabe.
La Fontaine
formate ses vers en fonction de fifty’�volution d’une state of affairs, en faisant l’�conomie de d�tails ou d’ornements futiles. Le d�cor se r�duit � united nations logis avec chemin�e (��au coin du feu��). La formule d’ouverture ��un jour��, caract�ristique du conte traditionnel, montre le peu de cas que fait l’auteur de la temporalit�.� Avec pour simples sangles le vers octosyllabe et l’alexandrin, entrela�pismire des rimes crois�es ou plates, notre conteur tresse un minuscule r�cit caract�ris� par la promptitude de l’action…

Popular:   Combien De Km Un Chat Peut Il Parcourir


B. Des p�rip�ties sch�matiques r�duites � un sc�nario simpliste…

�����

������� [par fifty’alin�a, dans une phrase de transition vers la sous-partie qui suit, on va faire conna�tre � son correcteur la suite de son analyse en avan�ant cette id�e qu’il en va de grand�me pour la trame de fifty’intrigue,� r�duite � tr�south peu d’�l�ments :
L’auteur privil�gie les plans rapproch�s et surtout, comme nous allons le voir, le montage serr�. Ce qui limite la dispersion du r�cit].

������ La fable est un genre litt�raire caract�ris� par des codes assez crisp�south, mais qui servent � mettre en place toute une strat�gie. Tout est fond� sur la vivacit� de la narration. Il faut aller vite et � fifty’essentiel. Ne pas perdre de temps pour planter le d�cor et mettre en identify l’intrigue, somme toute sommaire ici, puisque r�duite � un croquis aux intentions moqueuses… D’o� les ellipses narratives qui ont recours � la contraction et aux raccourcis. Il due south’agit pour le fabuliste de faire dispara�tre tous les d�tails superflus. De supprimer ce qui est inutile � la compr�hension, et surtout ce qui risque d’ennuyer le lecteur. Le mouvement d’acc�l�ration est amorc� par la locution participiale ��Aussit�t fait que dit��, flanqu�e d’un adverbe de temps qui indique une succession imm�diate d’un fait par rapport � un autre.� Ce qui permet d’all�ger la phrase et d’�viter la lourdeur des propositions conjonctives introduites, usuellement, par ��sit�t que��, ��d�s que��… L’absence des marques de personne (pronom personnel renvoyant au personnage-acteur), la mise en relief des deux verbes transitifs conjugu�southward au participe pass�, rappellent ensemble la formulation fig�due east ��aussit�t dit, aussit�t fait��. Il est vrai aussi que la r�cup�ration des marrons dans les cendres n�cessite united nations laps de temps tr�south court�: ��Aussit�t fait que dit : Raton, avec sa patte, // D’une mani�re d�licate, // Ecarte un peu la cendre, et retire les doigts��. Les deux deportment sont pratiquement simultan�es. Le lecteur s’charm de la dext�rit� suppos�e duf�lid�! La sc�ne para�t d’autant plus burlesque que le conversation due south’y prend ��d’une mani�re d�licate��. Tout le monde sait bien que ce geste grossier northward’a rien d’�fifty�gant�; on ne s’attache gu�re � la d�licatesse du geste pour extirper les marrons d’united nations tas de braises. Il s’agit encore une fois de divertir le lecteur, tout du moins de le faire sourire, en introduisant des commentaires plaisants dans la narration. L’allusion � la patte du chat, la personnification (attribution de traits anthropomorphiques� � cet animal qui ��retire ses doigts�� du entrance hall) contribuent � la rh�torique jubilatoire. D�southward le d�simply de cette fable,
La Fontaine
laisse son lecteur imaginer les deux larrons faisant les quatre cents coups�: ��D’animaux malfaisants c’�tait un tr�s bon plat: //
Ils north’y craignaient tous deux aucun
, quel qu’il p�t �tre��. Le fabuliste cherche � instaurer une connivence, une complicit� hilare avec ses lecteurs. Les proc�d�southward comiques se fondent ici, tout compte fait,� sur un cr�tinisme bon enfant. La marque de fabrique des fables et des contes… Le chat, united nations peu novice et plut�t espi�gle, perd toute pr�voyance�: il� ���carte un peu la cendre,
// Puis les reporte � plusieurs fois ; // Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque��. La conjonction de coordination ��puis�� ne sert pas seulement � relier les �fifty�ments de 50’�nonc�: sa r�currence jalonne une chronologie � partir de laquelle s’amorce le processus. La polysynd�te (multiplication des mots de liaison marquant la coordination) sert de vecteur � la successivit� des faits. En fin de phrase, la locution conjonctive ��et puis�� produit un effet d’accumulation faisant surgir dans notre esprit 50’id�e d’un riche butin. Le compl�ment circonstanciel de mani�re (le groupe pr�positionnel ��en escroque��)
�est un greffon qui �claire la mani�re de se conduire du chat. Un fripon qui a coutume de chaparder en employant toutes sortes de ruses (on peut assimiler ce groupe nominal pr�positionnel� � 50’adverbe de mani�re ��frauduleusement��). Par ailleurs, escroquer un d�ner se disait autrefois d’united nations parasite qui prenait part � un d�ner auquel on ne 50’avait pas pri� (emprunt � fifty’italien ��scroccare�� signifiant manger aux d�pens d’autrui et ��scroccone��, pique-assiette, sangsue, profiteur). Le singe abusant de la confiance de son acolyte, gambille et r�cup�re le butin (��Et
cependant
Bertrand les croque��). On ne dit pas ��malin comme un singe�� cascade rien�! A malin, malin et demi�! Quoi qu’il en soit, tout repose sur cette entreprise consistant � tirer les marrons du feu�: c’est ce moment, et lui seul,� qui est le temps de l’intrigue. Pas �tonnant que cela soit laissez passer� en proverbe*�!


[phrase de liaison vers la seconde grande partie du commentaire, qui south’attachera � �tudier la le�on � tirer de cette fable]

��������� La fable, r�p�tons le,� se caract�rise essentiellement par sa vis�e didactique, gr�ce � la� pr�sence d’une courte morale qui illustre l’histoire racont�e. De quoi nourrir la r�flexion du lecteur…


I Une le�on philosophique et morale, assortie d’une satire politique…

�������������� [formuler une phrase d’annonce de sa deuxi�me partie du commentaire, en laissant deux ou trois lignes vierges cascade indiquer cette transition�; la phrase pourrait prendre 50’allure suivante�: ��dans un second temps, nous nous efforcerons de mettre en lumi�re 50’enseignement moral de cette legend, qui d�bouche sur une violente satire politique…��]


.A. L’hypocrisie des faux-amis…

���������� Il n’y a rien de si m�prisable que le faux fr�re, le faux ami. L’interpellation au milieu de la fable due north’est pas d�pourvue d’une charge ironique�: �
Fr�re, il faut aujourd’hui // Que tu fasses un coup de ma�tre, // Tire-moi ces marrons. Si Dieu m’avait fait na�tre // Propre � tirer marrons du feu, Certes marrons
verraient beau jeu
�. Cet acte d’interpellation implique la copr�sence de deux p�les actanciels�: un locuteur (la source) et united nations allocutaire (la cible). Le� chat ne dit rien. Son effacement dans ce face � face montre que sa niaiserie n’a pas besoin d’�tre d�montr�e par de longs discours. Il faut en convenir�: la tournure interjective, en tant qu’acte directif (il southward’agit de contraindre 50’autre � faire le travail � sa place), discrimine les deux interlocuteurs. Il institue united nations rapport individuel ou social, un rapport de forcefulness entre le dominant et le domin�, le trompeur et le tromp�. Dans ce passage discursif (discours directly), l’avertissement du singe et sa dext�rit� langagi�re montrent la sup�riorit� du premier sur 50’autre. La force interpellative de fifty’apostrophe ��fr�re��� attire l’attention du lecteur sur l’�cart entre ce qui est dit et ce qui est fait. Sur une disjonction entre la parole (des mots cajoleurs exprimant une amiti� fraternelle, celle des vieux fr�res) et le geste (la tromperie, le mensonge). Toute l’ironie repose sur ce porte-�-false. Le singe incarne le faux camarade qui pr�skin ses mauvais coups sournoisement.� Du genre teigneux qui� fait semblant de se d�vouer et vous plante un poignard dans le dos. De nombreux indices, laiss�s en javelle dans le d�roulement de l’intrigue, laissent entendre que
Bertrand
et
Raton
forment un duo de dr�les de lascars. 50’expression ��commensaux��, une tournure plut�t elliptique (united nations euph�misme, en fait), est lourde de sous-entendus�:��nos deux ma�tres fripons // Regardaient r�tir des marrons��. 50’euph�misation du propos ne parvient pas � att�nuer l’id�eastward que nous avons affaire � des marauds de la pire esp�ce. L’imparfait de l’indicatif (��avaient��, ��d�robait��, etc…) est marqu� du seau de la r�p�tition. Par son attribute fr�quentatif, l’imparfait it�ratif narre une action qui dure depuis longtemps. Il d�crit ce qui se produit (ou se reproduit) souvent. Les deux larrons ont pris l’habitude de se singulariser par leurs rapines et autres menus larcins. Aller � la maraude (vol de denr�es alimentaires) fait partie des occupations ordinaires de ces maroufles. On appelait jadis ��galants de feuill�e�� les brigands qui se tenaient en embuscade dans les bois pour d�trousser le landerneau (��Nos galands y voyaient double profit � faire��). Bref,� on flaire les propres � rien qui n’entendent pas laisser filer le magot. Elles sont si pr�visibles, ces deux canailles�!� Nulle dissonance dans cette legend, d’un bout � fifty’autre. Fifty’adjectif� possessif pluriel (��nos galands��), en tant que d�finiteur, n’endosse pas une valeur hypocoristique ici. Le d�terminant d�pr�ciatif ��nos�� installe une altitude ironique�: le tour expressif north’a rien de condescendant. C’est un betoken d’ironie. Il permet d’ailleurs d’en rajouter dans le m�pris des gens qu’on d�testerait avoir � sa table�! Cette nuance p�jorative se retrouve plus loin dans l’apostrophe�: ��bye mes gens��. On aurait tort de distinguer les deux personnages. L’un ne vaut pas mieux que l’autre. 50’emploi des pluriels le confirme suffisamment (��commensaux��, ��animaux malfaisants��, ��tous deux��, ��nos deux ma�tres fripons��, ��nos galants��,� ��mes gens��). D�southward le d�part, La Fontaine prononce un jugement exp�ditif, ne laissant aucune place au doute :���Bertrand d�robait tout : Raton, de son c�t�, // Etait moins attentif aux souris qu’au fromage��. En mati�re de roublardise, nos deux argousins s’entendent comme larrons en foire. D�south l’entame de la legend, la pr�position ��avec��, qui permet de d�signer un moyen, une mani�re, nous fait deviner l’entente entre les deux comparses�: ��Bertrand avec Raton, l’united nations singe et l’autre chat
[…]
avaient un commun ma�tre��. Les deux h�mistiches hexasyllabiques servent de m�daillons. La locution pronominale (��l’un��, ��l’autre��) sugg�re not pas l’addition, mais une discrimination entre deux cat�gories. Le contenu s�mantique de la pr�position ��avec�� �tablit un rapport vassalique, une relation d’ordre dans fifty’clan�qui r�unit of measurement le chef de bande et son sbire. La pr�position introduit� une notion d’ordre avec son compl�ment (��Raton��, l’ex�cuteur des basses besognes).
Bertrand
se sert de son complice comme d’un� serviteur domestique. Pas �tonnant que le singe soit nomm� le premier. Un choix dict� par sa pr�s�ance, sa sup�riorit�. Cette pr�position ��avec�� due north’est pas un calque de la conjonction ��et�� que fifty’on trouve dans l’apposition qui conform (��l’un singe et fifty’autre chat��). Cette conjonction de coordination laissant plut�t supposer (dans le contexte d’une coalition de ces malfrats) que les deux forment la paire�: la t�te pensante (un boit-sans-soif peu recommandable) et l’homme de main (le menu fretin,� � la moralit� aussi douteuse que� celle de son mentor). Leur destin est li� dans ce que l’on pourra appr�hender, dans la suite de cette histoire, comme un vol en r�marriage ou en bande organis�due east. Notre fablier pr�pare avec habilet� sa morale. Fifty’utilisation allusive et forc�ment ludique des pr�noms en t�moigne. Le sobriquet ��Raton�� renvoie � l’expression ���tre pris comme un rat��, voulant dire ���tre pris au pi�ge��. Yard�taphoriquement, et ceci d�s le Xvi�me si�cle, il sert de quolibet pour d�signer les courtisans (��le rat de cour��). Le pr�nom ��Bertrand�� nous fait penser au pape-soldat
Jules II, donc au r�le de fifty’Eglise sous 50′Ancien R�gime. Mais pas seulement. On songe� �galement au singe du
duc de Mayenne, un puissant seigneur de la
maison de Guise. Le singe appara�t dans cette fable comme le double d�grad� de l’homme. La flagornerie fait merveille, l’fake simiesque aidant.� La facticit�, la malignit� est un trait de caract�re traditionnellement assign� au singe dans tous les r�cits all�goriques. Mais cet emploi all�gorique est in�dit sous la plume de
La Fontaine, puisqu’il pourrait faire r�f�rence � la figure du monarque. De quoi mettre � l’�preuve la r�sipiscence du lecteur de l’�poque…

Popular:   Moral Des Fables De La Fontaine

B.
Une satire politique et sociale…

��������� La forme de d�contraction enjou�due east et potache� du fabuliste, sa volont� de plaire, son souci de retenue port�e sur l’intrigue, permettent �
Jean de La Fontaine� d’ajuster son propos sur la morale proprement dite qui cl�ture la fable�:���Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes // Qui, flatt�due south d’un pareil emploi, // Vont due south’�chauder
en des provinces // Pour le profit de quelque roi��. Le r�cit semble se poursuivre par un entretien au cours duquel l’auteur rompt les amarres avec la fiction. Et ceci, de telle mani�re que le lecteur passe d’un texte � un autre. United nations texte avec ses larges rations de fantaisie burlesque en g�northward�re united nations autre, aux inflexions plus graves.� V�ritablement, nous changeons de monde. Un changement de cap qui vert�bre toutes les fables.� La sentence morale de fifty’apologue nous place ailleurs. On sort du conte avec sa role d’�tranget� cascade nous positionner dans fifty’Histoire. Que nous montre l’�pilogue, sinon que nous existons dans un rapport avec ce qui nous entoure, une contextualisation� historique. Et ce rapport n’a rien de anomalous avec la turlupinade qui� pr�c�de.�� A partir de ce point d’amarrage o� les octosyllabes servent de bou�e, il flotte dans l’air quelque chose d’ind�finissable. 50’adverbe de phrase ��aussi�� en t�te du vers d�limite un nouveau territoire o� le pr�sent de l’indicatif � valeur gnomique supplante le pr�sent de narration. Le r�cit c�de la place � un �nonc� � valeur g�n�rale exprimant united nations fait d’exp�rience. Ainsi va notre monde, pourrait comprendre le public des fables. Comme le veut fifty’usage, cet emploi adverbial entra�ne l’inversion du sujet (��Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes��). La magie fonctionne�: l’intrigue rigoleuse semble s’�vanouir et la mise en forme textuelle adapt une autre logique. Nous n’avons plus affaire � des marionnettes, � quelques Turlupins de fabliau, mais � quelques ��princes��… La Fontaine n’a sans doute pas invent� ce conte, mais il 50’adapte � son temps. L’adverbe ��aussi�� doit �tre compris avec le sens ��de m�me��. Succ�dant � une n�gation (��Raton north’�tait pas content��), il �quivaut � ��not plus��. Le ��turn a profit de quelque roi��� fait clairement r�f�rence au service regal. Le Roi attribue � la noblesse des emplois de sa cour (gouvernement et administration de ses provinces, notamment). Avec une ironie sanglante, presque f�tide,
La Fontaine
tourne en ridicule la conduite inf�me des puissants du royaume. L’impudence � laquelle s’abandonnent �les� ��princes�� bouscule la fifty�gitimit� des pouvoirs en identify; � accuse cascade le public des fables de d�crypter avec p�dagogie l’intention satirique du moraliste.
La Fontaine
fait partie des libertins rebelles qui remettent en crusade les droits r�galiens de l’Ancien R�gime, les droits f�odaux que le souverain abandonne � ses vassaux. Rappelons-nous que les� grands seigneurs f�odaux avaient de nombreux privil�ges (droit de justice, de patronage, banalit�south et autres rentes f�odales, march�south, p�ages, redevances sur les h�ritages, etc…). Y compris celui de battre monnaie. Les �v�ques, cardinaux,� cur�southward s�culiers ou r�guliers, faisaient partie de la� noblesse�: ils accumulaient de la one thousand�me mani�re richesses et b�n�fices (la d�me). Ces ��barons�� de la chr�tient� appuyaient docilement la politique du Roi. Ce que met en avant La Fontaine, c’est la rivalit� de cette client�le du roi, pour l’octroi de tel ou tel brevet, de telle ou telle pr�bende (��flatt�south d’un tel emploi��). Le m�contentement de ces nobles et officiers (les ��commensaux�� d�signent aussi� des roturiers et autres personnes de status au service du roi) qui ont obtenu des charges et accumul� ainsi de grandes fortunes. La
Fronde
(1648-1653) est l’analogy parfaite de ce m�contentement contre l’autorit� monarchique, pendant la minorit� du jeune
Louis 14.� Le lecteur s’aper�oit d�s lors que le fablier ouvre son angle de tir, par ces allusions caustiques � tous ces gens d’Eglise et de race nobiliaire qui abusent de la cr�dulit� du peuple (une ��canaillocratie��). Comme les deux chenapans
Bertrand
et
Raton� faisant� ��double turn a profit���: ��leur bien premi�rement�� (leur int�r�t personnel) ��et puis le mal d’autrui�� (le peuple affam� par les gabeleurs).� La machine de la satire politique bat son plein.
La Fontaine
ne montre aucune complaisance avec son �poque. Le verbe ��south’�chauder�� dans son emploi avec le pronominal r�fl�chi signifiant subir des pertes, �prouver quelques m�comptes ou se compromettre dans des aventures f�cheuses (les r�voltes frumentaires et autres �meutes populaires). 50’euph�misme permet d’adoucir une expression jug�due east trop crue, trop cruelle. Dans le 1000�me temps, le d�terminant ind�fini ��quelque�� permet� de se montrer particuli�rement vague sur fifty’identit� du monarque (��ces princes� […]
vont southward’�chauder en des provinces
// ��Pour le profit de quelque roi��). On sent bien que l’auteur cherche � �mousser la formulation de son propos. Pour �viter non pas un terme blessant, mais une state of affairs trop f�cheuse pour lui.� La noblesse et autres mercenaires du roi d�pouillent le
Tiers Etat�: la paysannerie cultivatrice, les laboureurs et �leveurs, les brassiers et journaliers, les petits artisans et manouvriers. Tout comme
Bertrand
et
Raton
qui d�valisent le ma�tre de maison �(��Les escroquer �tait une tr�s bonne affaire��). �On oublie que la r�volte des ��croquants�� sous Louis XIII, puis sous Louis XIV,� ont connu une extension bien plus importante que la
Grande Jacquerie
du XIV�me si�cle (soul�vements paysans sur environ un tiers du territoire). Sans parler des
Dragonnades
de sinistre m�moire, qui se d�roul�rent de 1681 jusque 1685. L’opportunisme des ��princes��, donc de la noblesse, est mis en accusation. Tr�s clairement, le satiriste veut nous faire admettre que� la plupart des ��princes�� exercent leur puissance locale de one thousand seigneur dans leurs ��provinces��, avec l’autorit� d�l�gu�eastward par le roi (��pour le profit de quelque roi��). A leurs risques et p�rils, puisqu’ils acceptent le principe de cette d�fifty�gation du pouvoir d’agir au nom de leur suzerain.� Un jeu de dupes�? Sans doute. Et au moins cascade trois raisons. La premi�re, c’est qu’ils se prennent au pi�ge tendu�: la repr�sentation qu’ils se font de ce pouvoir d’activeness leur fait croire � une gloire durable et �clatante� (��flatt�south d’united nations pareil emploi��). On ne travaille pas sans profit ni de fa�on d�sint�ress�east�! La seconde raison, c’est que ce dispositif de pouvoir (la vassalit� comme lien de d�pendance) implique que rien n’est jamais d�finitivement acquis, puisque le vasselage n’a d’autre fonction que le renforcement de la raison d’Etat et la c�l�bration de la personne du roi.� La troisi�me raison south’�nonce ainsi�: le m�contentement de ces ��princes�� tient au fait qu’ils north’ont pas compris que l’expansion de 50’absolutisme monarchique (une mutation politique tr�southward spectaculaire sous le r�gne de Louis Xvi) change la donne.� Le danger que� tout roi fait courir � ses princes peut en faire craindre un plus one thousand�: celui d’une d�gradation ou d’un effacement des valeurs aristocratiques, et notamment du 1000�rite personnel.

Popular:   Le Heron Fable De La Fontaine




Conclusion


[premier alin�a�: un bilan de son commentaire, avec le rappel des principales lignes de 50’approche du texte]

��������� ��Le Singe et le Chat�� est une fable sociale assez cruelle, o� le texte suit la trame du sc�nario de tr�s pr�southward, un sc�nario simpliste, d’une lecture ais�e et amusante. United nations conte animalier qui livre une r�flexion sur une situation o� l’on croise le jeu hypocrite des faux-semblants.
La Fontaine
ne cherche pas seulement � inculquer une le�on sur le sens moral de nos actions. Il met � nu une m�canique sociale dans laquelle les int�r�ts bien compris de chacun, affich�s ou pas, imposent un rapport de forcefulness.


[�largir ce r�sum� abr�m� par une synth�se, en partant de ses �motions�: chacun peut dire ce qu’il a ressenti � la lecture de cette legend]

�������������� La fontaine nous confronte avec sa finesse habituelle � la question de l’homme et � ses atmospheric condition d’being�: united nations monde cynique, sans �me, mercantile, puisque domin� par l’app�tit du gain et les conflits d’int�r�t… Par ses formules assassines,
La Fontaine
ne south’en prend pas seulement aux aigrefins. Il examine les dessous des cartes de toutes les tartufferies sociales. Comme souvent, le lecteur des fables soup�onne une r�signation palpable… Le monde va son train, mais qu’est-ce qu’on peut aux disgr�ces de ce monde�? ������������������Travail personnel du professeur, Bernard Mirgain



*Contrairement � ce qui est souvent avanc�, ce northward’est pas
La Fontaine
qui a invent� fifty’expression ��tirer les marrons du feu��. En effet, on trouve cette expression sous la plume de
Moli�re
dans sa pi�ce� ��L’�tourdi�� (1654). Le personnage
Mascarille
tient ces propos dans la sc�ne V de l’acte Iii�: ��De ce insurrection hasardeux ne craindrons point les suites // C’est ne se signal commettre � faire de l’�clat, // Et tirer les marrons de la patte du chat�� (vers 1178 � 1180).


*La Fontaine utilize les surnoms
Grippeminaud
et
Raminagrobis
pour d�signer les chats figurant dans ses autres fables.


Sources historiographiques�:

*��La French republic de Louis 13 et de Richelieu�� –
Victor L.Tapi�
– Editions Flammarion – Drove
L’Histoire
– 1967

Autres �tudes de fable par le professeur :


“Le cur� et le mort”




“Le Villageois et le Serpent”


“Le rat qui s’est retir� du monde”


“Le Renard et le Bouc”


“Le vieux chat et la jeune souris”


“Le Savetier et le Financier”


“Le h�ron”


“La Fille” et une �tude compar�east du diptique “Le h�ron” – “La Fille”


Commentaire litt�raire “Les obs�ques de la lionne”


Un mod�le d’introduction de commentaire cascade “La Fille”


“La grenouille qui se veut faire aussi grosse que le boeuf”




“La laiti�re et le Pot au lait”


“Le loup et l’agneau”


Dissertation sur les “Fables” de La Fontaine


Dissertation – La Fontaine d�finit ainsi le genre de la fable : ��
Une ample Com�dice � cent actes divers, / Et dont la sc�ne est fifty’Univers.
� Qu’en pensez vous ?



Texte d’invention et corpus de textes contenant une fable de La Fontaine





Biographie de Jean de La Fontaine


Quelques fables en langue �trang�re :





Quelques pastiches des fables

Le Singe Et Le Chat Fable De La Fontaine

Source: https://bmirgain.skyrock.com/3244086724-Le-singe-et-le-chat-LA-FONTAINE-Commentaire-litteraire.html

Ce site utilise des cookies pour améliorer la convivialité. Vous acceptez en utilisant le site Web plus loin.

Politique de confidentialité des cookies

Contact Us